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Anxiété : le corps parle à la place du cœur

  • Photo du rédacteur: psyncoenligne@gmail.com
    psyncoenligne@gmail.com
  • 2 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Article " Anxiété : le coeur parle à la place du corps" par Berrine Janssoone, psychanalyste
Article " Anxiété : le coeur parle à la place du corps" par Berrine Janssoone, psychanalyste

Il arrive que les mots s’étranglent dans la gorge, que les émotions se figent dans le ventre. Alors, c’est le corps qui prend la parole. L’anxiété ne crie pas toujours. Elle s’infiltre, s’installe, s’exprime à sa manière : palpitations, gorge serrée, vertiges, fatigue inexplicable, tensions musculaires. Le cœur s’accélère, la poitrine se comprime, sans raison apparente. Et pourtant, quelque chose cherche à se dire.

L’anxiété est souvent la conséquence d’une surcharge émotionnelle que l’on n’a pas su — ou pas pu — exprimer. Elle apparaît dans un silence imposé, un non-dit trop lourd, une blessure ancienne qui ne s’est jamais vraiment refermée. Elle surgit aussi lors de transitions de vie, de séparations, de deuils, ou face à des responsabilités que l’on porte seul, trop longtemps. Comme si, à force de tenir, le psychisme devait déléguer au corps la tâche de dire : “Je n’en peux plus”.

D’un point de vue psychanalytique, l’anxiété émerge souvent là où un conflit intérieur devient trop intense : entre ce que l’on désire profondément et ce que l’on croit devoir être pour rester aimé, entre l’élan de vie et la peur de perdre l’autre, l’appartenance, l’image de “bonne personne”. Les exigences internes — ce que la psychanalyse appelle la voix du Surmoi — peuvent devenir si sévères que la personne vit en permanence sous la menace d’une faute imaginaire : ne pas en faire assez, ne pas être à la hauteur, ne pas être comme il faut. Le corps encaisse ce conflit continuel, jusqu’à saturation.

« Je me réveillais tous les jours avec l’impression d’être en retard, comme si j’avais oublié quelque chose d’important, raconte Inès, 38 ans. Mon cœur battait à tout rompre. Je pensais que j’étais malade. Mais non, j’avais juste trop longtemps refoulé ma colère, ma tristesse, mes peurs. » L’anxiété parle pour nous quand nous ne savons plus comment dire. Elle trahit notre besoin d’être entendus, compris, soutenus.



Article : " l'anxiété : Le corps parle à la place du corps" par Berrine Janssoone, psychanalyste
Article : " l'anxiété : Le corps parle à la place du corps" par Berrine Janssoone, psychanalyste

Certaines organisations psychiques sont plus vulnérables à l’angoisse. Sans enfermer les personnes dans des cases, la psychanalyse observe des manières de se construire qui exposent davantage. Les sujets très contrôlants, perfectionnistes, souvent dits “obsessionnels”, s’appuient sur la maîtrise et le détail pour tenir debout. En surface, tout est carré, organisé. En profondeur, la peur de l’erreur ou du jugement est immense. Le moindre imprévu menace l’équilibre, et l’anxiété surgit dès que quelque chose échappe au contrôle.

Les personnalités phobiques ou très évitantes vivent avec la peur de certaines situations : foule, transport, séparation, engagement… Ce n’est pas l’avion, le métro ou la route qui sont en cause, mais la crainte d’être débordé par une détresse plus archaïque : peur de se sentir piégé, abandonné, sans recours. L’objet phobique n’est que le décor ; derrière, il y a l’angoisse de chute, de perte de repères, de rupture du lien.

D’autres fonctionnements, plus fragiles au niveau des limites, oscillent entre une forte dépendance affective et le besoin de s’auto-protéger en coupant les liens. La peur de l’abandon, de la disqualification, de “ne pas suffire” y est intense. Le moindre silence prend des allures de menace, la moindre distance ravive un sentiment ancien de danger. Le corps traduit alors cette insécurité interne par des insomnies, des tensions diffuses, des crises d’angoisse parfois fulgurantes.


On retrouve enfin une grande vulnérabilité à l’anxiété chez les personnes qui ont construit leur identité autour de l’adaptation : “bonne fille”, “bon garçon”, toujours sages, disponibles, arrangeants. En renonçant à leurs colères, à leurs désirs, à leurs limites, elles se perdent peu à peu d’elles-mêmes. L’anxiété vient alors comme une protestation silencieuse : il n’est plus possible de continuer à vivre uniquement pour les attentes des autres.

Le symptôme n’est pas un ennemi, il est un langage. Il nous dit : « Regarde ce que tu ressens. » Le corps devient le miroir d’un conflit intérieur. Et tant qu’on ne l’écoute pas, il continue, inlassablement, à envoyer des signaux. « Je croyais que j’avais un problème neurologique, confie Thomas, 44 ans. J’avais des fourmillements, des sensations étranges dans les jambes. Je passais d’un médecin à l’autre, sans rien trouver. C’est en thérapie que j’ai réalisé à quel point j’avais peur de perdre le contrôle, à quel point je portais, depuis l’enfance, une angoisse de ne pas être à la hauteur. » Dans ces parcours, ce n’est pas le corps qui “délire”, c’est l’histoire intérieure qui cherche une issue.



Article : " L'anxiété : Le corps parle à la place du coeur" par Berrine Janssoone, psychanalyste
Article : " L'anxiété : Le corps parle à la place du coeur" par Berrine Janssoone, psychanalyste

. Plutôt que de se juger — « je suis trop fragile », « je devrais gérer » — il s’agit d’apprendre à entendre le message : qu’est-ce qui déborde ? qu’est-ce qui, en moi, est sommé de se taire ? Qu’essayé-je de tenir, ou de retenir ?

Parler à quelqu’un de neutre, dans un espace sécurisé, permet de libérer ce qui se fige. Les consultations offrent un temps pour déplier l’histoire, repérer les scénarios qui se répètent, comprendre d’où viennent ces angoisses. En psychanalyse, le travail s’oriente aussi vers les liens précoces : la façon dont on a été accueilli enfant, la place que l’on a occupée, les injonctions qui se sont inscrites au plus intime. Mettre en mots ce qui était resté coincé, c’est déjà alléger le corps.


Des outils d’ancrage peuvent soutenir le chemin : la respiration en conscience, comme la cohérence cardiaque (5 secondes d’inspiration, 5 secondes d’expiration, pendant 5 minutes, 3 fois par jour) aide le corps à sortir de l’état d’alerte permanente. La visualisation guidée, en hypnose ou en auto-hypnose, permet d’expérimenter intérieurement un lieu de sécurité, un paysage ressourçant, un corps qui se détend. Le psychisme découvre qu’il peut accéder à d’autres états que la vigilance anxieuse.


L’anxiété prend souvent racine dans des vécus anciens : une blessure d’enfance, une éducation rigide, une ambiance familiale anxiogène, une maison où l’on devait surtout être “forte”, “sage”, “parfaite”. Parfois, l’angoisse rejoue, à l’âge adulte, des peurs de séparation, de perte, de dévalorisation qui ont été vécues très tôt, sans mots. Mettre en lumière ces origines, ce n’est pas accuser le passé, c’est comprendre comment il continue d’agir dans le présent pour, peu à peu, s’en libérer. « J’ai compris que j’avais grandi dans une maison où on ne parlait jamais de nos émotions, se souvient Claire, 52 ans. On m’a appris à être forte, pas à être vraie. L’anxiété m’a obligée à retrouver une forme d’authenticité. »



Article: " L'anxiété : Le corps parle à la place du coeur " par Berrine Janssoone
Article: " L'anxiété : Le corps parle à la place du coeur " par Berrine Janssoone

L’anxiété n’est pas une erreur du système. Elle est une tentative du psychisme pour survivre dans un monde qui va trop vite, pour dire ce qui n’a pas pu être dit, pour signaler le trop-plein, l’invisible, le non-accueilli. Elle est parfois douloureuse, envahissante, mais elle contient aussi une information précieuse : quelque chose en vous demande à être entendu, enfin.


La clé n’est pas de la faire disparaître du jour au lendemain, mais d’oser lui répondre : « Je t’entends. Parle-moi. Je suis prêt(e) à écouter. » C’est souvent à partir de ce moment-là qu’un autre chemin devient possible : moins de lutte contre soi, plus de douceur, plus de vérité envers ce que l’on ressent vraiment. Et, peu à peu, un corps qui n’a plus besoin de crier si fort pour que le cœur soit entendu.

 
 
 

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