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Le couple en crise : renouer le dialogue et le désir

  • Photo du rédacteur: psyncoenligne@gmail.com
    psyncoenligne@gmail.com
  • 5 déc. 2025
  • 4 min de lecture


Article : " Le couple en crise : renouer le dialogue et le désir " par Berrine Janssoone
Article : " Le couple en crise : renouer le dialogue et le désir " par Berrine Janssoone

Il y a des moments où l’on ne se reconnaît plus dans son couple. On se surprend à compter les silences, à redouter les soirées qui s’étirent, à ne plus savoir comment se parler sans se blesser. La crise n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut être lente, presque polie, mais profondément corrosive. Une fatigue affective qui s’installe. Une intimité qui se referme. Une impression de vivre côte à côte plutôt qu’ensemble, comme si la relation avait perdu son souffle intime.

En psychanalyse, aimer ne se réduit pas à choisir un partenaire : c’est aussi réactiver une histoire. Freud a montré combien le lien amoureux peut être le théâtre d’une répétition : on rejoue parfois, sans le savoir, des scénarios anciens de manque, d’abandon, d’idéalisation ou de déception. Dans le couple, l’autre devient plus qu’un compagnon de route : il peut être investi comme celui qui devra réparer, rassurer, combler, confirmer. Et cette attente inconsciente rend la relation à la fois précieuse et vulnérable. La crise survient souvent quand l’autre ne peut plus tenir ce rôle fantasmé, ou quand la réalité conjugale fissure un idéal trop lourd à porter.



Article: "Le couple en crise : renouer le dialogue et le désir " par Berrine Janssoone
Article: "Le couple en crise : renouer le dialogue et le désir " par Berrine Janssoone

Du côté des approches psychanalytiques du lien, on peut dire que le couple fabrique une sorte de contrat inconscient : “Je t’aime et je te choisis, mais j’ai aussi besoin que tu confirmes une part fragile de moi.” Quand ce contrat se rompt, la blessure narcissique surgit. Il arrive alors que la dispute ne porte pas réellement sur la vaisselle, les horaires ou l’organisation, mais sur quelque chose de plus ancien et plus profond : le sentiment de ne plus être reconnu, choisi, protégé, prioritaire.

Camille et Yannis, par exemple, se disputent régulièrement pour des détails domestiques. Elle dit : “Je fais tout.” Lui répond : “Tu n’es jamais contente.” En séance, il apparaît que derrière sa colère à elle, il y a un chagrin ancien d’enfant qui a trop porté, trop tôt. Et derrière son retrait à lui, une peur de l’échec et du jugement. La scène actuelle active chez l’un une angoisse d’injustice, chez l’autre une angoisse de disqualification. Tant que chacun ne voit que la surface du conflit, la relation devient un tribunal. Lorsqu’on relie la scène conjugale à ce qu’elle réveille dans l’histoire psychique, le couple trouve un langage plus juste, plus tendre, moins défensif.


Beaucoup de couples s’enferment dans une chorégraphie devenue automatique. L’un poursuit la parole, l’autre se retire. L’un réclame des preuves, l’autre se sent envahi. L’un veut réparer tout de suite, l’autre se protège par le silence. Cette dynamique est moins une mauvaise volonté qu’un mécanisme de survie. Elle s’apparente parfois à une forme de “transfert croisé” : chacun réagit à l’autre comme s’il rejouait une scène plus ancienne, avec la même urgence, la même peur de perdre le lien ou de perdre sa place.


L’intimité, elle, ne disparaît pas par hasard. Elle s’érode lorsque le couple devient un lieu de performance, de dette ou de contrôle. Les théories psychanalytiques de la relation montrent combien le désir a besoin de sécurité affective et d’un espace psychique respirable. Quand la charge mentale envahit tout, quand les tensions non dites deviennent chroniques, le corps peut se refermer comme un territoire défensif. Ce n’est pas toujours un manque d’amour : c’est parfois une surcharge émotionnelle.

Sophie et Julien racontent une baisse du désir devenue douloureuse. Elle se sent rejetée. Lui se sent pressé, évalué, “attendu”. La sexualité est devenue une épreuve de confirmation : prouver qu’on aime, qu’on désire, qu’on est encore un couple “normal”. Progressivement, la pression a tué la spontanéité. Le travail thérapeutique ne consiste pas à “forcer le désir”, mais à restaurer un espace où le corps n’a plus à se défendre. La psychosexologie, adossée à une lecture du lien et de l’inconscient, permet alors de redonner au désir sa dimension vivante, non obligatoire, non punitive.


Quelques repères simples peuvent déjà ouvrir une brèche avant même un accompagnement. D’abord, réintroduire des micro-gestes de lien qui ne demandent rien en retour : un toucher bref, une phrase douce, une attention sans enjeu. Ensuite, sortir du langage accusatoire pour entrer dans un langage de vécu : remplacer “Tu ne fais jamais…” par “Je me sens seul·e quand…” Cette nuance change radicalement la qualité de réception.

Je propose souvent au couple un exercice très concret, simple et étonnamment efficace : le rituel des 10 minutes. Deux ou trois fois par semaine, sans téléphone, sans enfants autour, chacun parle 5 minutes sans être interrompu. L’autre n’explique pas, ne corrige pas, ne se défend pas : il reformule seulement en une phrase ce qu’il a entendu. Ce petit dispositif réduit l’escalade défensive et restaure une forme de contenance. Il redonne au couple une capacité essentielle : se sentir de nouveau entendu.


Un autre outil utile est la pause de réparation : lorsque la montée émotionnelle devient dangereuse, on ne continue pas la dispute. On nomme : “Je suis en train de m’emballer, j’ai besoin de 20 minutes.” Et on revient avec une phrase de réouverture : “Je veux te comprendre, mais j’ai besoin d’être plus calme.” Ce n’est pas fuir : c’est protéger le lien contre des paroles qui blessent irréversiblement.

Dans une perspective plus analytique, le travail en séance vise aussi à repérer les répétitions : ce que le couple rejoue sans le vouloir, de façon presque scénarisée. Qui devient le “fort”, qui devient le “faible”, qui devient le “responsable”, qui devient le “reprocheur” ? Sans utiliser de jargon, on peut aider le couple à reconnaître ces rôles défensifs et à en sortir, pour retrouver des places plus souples.


La crise de couple n’est pas toujours une fin. Elle peut être une alarme utile, un moment de vérité où chacun est invité à se repositionner : dans sa manière d’aimer, de demander, de se protéger, de s’engager. Avec un accompagnement ajusté, le couple peut devenir un lieu plus conscient, moins dominé par les automatismes de l’histoire ancienne.


Je vous reçois à Aix-en-Provence et en visioconférence pour la thérapie de couple et la psychosexologie, dans un cadre confidentiel et respectueux. Parfois, il suffit d’un espace suffisamment sécurisé pour que les mots reviennent, que les défenses se desserrent, et que l’intimité retrouve une possibilité d’exister autrement. Pas comme avant, peut-être. Mais avec plus de vérité, plus de douceur, et une nouvelle façon de se choisir.


Berrine Janssoone

 
 
 

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