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Rentrée 2026 : stress, écrans et anxiété chez les adolescents : quand faut-il s’inquiéter ?

Photo du rédacteur: psyncoenligne@gmail.com
psyncoenligne@gmail.com
4 sept.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 sept.

Adolescent utilisant un ordinateur portable avec un casque audio.
Entre écrans, réseaux sociaux et sollicitation permanentes, les adolescents peuvent se sentir rapidement submergé. Comprendre ce qui se joue derrière l'usage du numérique permet de mieux repérer les signes d'anxiété et de mal-être, par Berrine Janssoone, psychanalyste.

La rentrée scolaire marque souvent un changement brutal de rythme. Après les vacances, il faut retrouver les horaires, les contraintes scolaires, les transports, les activités extrascolaires et parfois la pression des résultats.

Pour certains adolescents, cette période est stimulante. Pour d’autres, elle peut faire émerger ou amplifier une anxiété, une irritabilité, des difficultés de sommeil ou un repli sur soi.

À cela s’ajoute aujourd’hui une réalité devenue incontournable : les adolescents ne quittent pratiquement jamais complètement leur environnement social lorsqu’ils rentrent chez eux. Téléphone, réseaux sociaux, messageries, jeux en ligne et outils d’intelligence artificielle prolongent la vie scolaire et sociale jusque dans la chambre.

La question n’est donc plus simplement de savoir combien de temps un adolescent passe devant un écran. Il s’agit surtout de comprendre ce qu’il y vit et ce que cette connexion permanente produit psychiquement.


Une santé mentale adolescente qui reste fragile

Les données publiées en 2026 par Santé publique France montrent une situation contrastée.

La majorité des collégiens et lycéens se déclarent globalement en bonne santé, mais certaines difficultés psychologiques restent fréquentes. L’enquête EnCLASS rapporte notamment que 19 % des lycéens présentent un risque important de dépression et qu’environ 20 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. Les filles rapportent globalement davantage de difficultés psychologiques que les garçons.

Les données de surveillance publiées pendant l’année 2026 montrent également que les recours liés à l’angoisse et aux idées suicidaires chez les adolescents restent, pour certaines classes d’âge, supérieurs aux niveaux observés les années précédentes.

Ces chiffres ne signifient évidemment pas que chaque adolescent anxieux souffre d’un trouble psychologique. L’adolescence est par nature une période de remaniements, de doutes et de contradictions.

Ce qui doit attirer l’attention est davantage la durée, l’intensité et les conséquences des changements observés.


Les écrans ne sont pas forcément le problème

Groupe d’adolescents partageant un moment autour d’une tablette par Berrine Janssoone, psychanalyste.
Les écrans peuvent aussi être des espaces de partage, de lien et de découverte. L'enjeu n'est pas seulement le temps passé devant eux mais la manière dont les adolescents les utilisent et ce qu'ils viennent y chercher, par Berrine Janssoone, psychanalyste.

Il serait trop simple d’opposer les « bons parents » qui limiteraient les écrans aux adolescents qui en feraient un usage excessif.

Les outils numériques peuvent avoir de nombreux bénéfices : maintenir des relations, apprendre, créer, jouer, trouver un groupe d’appartenance ou accéder à de l’information.

L’OMS rappelait encore en juillet 2026 que les environnements numériques — réseaux sociaux, jeux en ligne mais également systèmes d’IA générative — occupent désormais une place importante dans la santé et le développement des enfants et des adolescents. L’enjeu n’est pas de condamner la technologie, mais de réfléchir aux conditions dans lesquelles elle est utilisée.

La difficulté apparaît notamment lorsque le téléphone devient le seul moyen de calmer une émotion difficile.

Un adolescent peut, par exemple, utiliser les réseaux sociaux pour ne plus penser à ce qui l’angoisse. À court terme, cela fonctionne. À long terme, la difficulté reste pourtant présente.

Le scrolling devient alors moins un loisir qu’une stratégie d’évitement.


« Il est toujours sur son téléphone » : que se passe-t-il derrière l’écran ?

Lorsque des parents viennent consulter, ils décrivent parfois d’abord un comportement :

« Il ne sort plus de sa chambre. »

« Elle passe sa vie sur TikTok. »

« Dès qu’on lui enlève son téléphone, elle devient agressive. »

Mais derrière un comportement visible peuvent se cacher des réalités très différentes.

Un adolescent peut avoir peur de ne pas être intégré à son groupe. Un autre peut se comparer continuellement aux autres. Un troisième peut redouter l’école ou les évaluations. Certains adolescents ressentent également une forme de vide ou d’ennui difficilement supportable lorsque toute stimulation numérique disparaît.

Le téléphone peut alors jouer une fonction psychologique : occuper, rassurer, distraire, maintenir le lien ou empêcher de penser.

C’est pourquoi retirer brutalement l’écran sans chercher à comprendre cette fonction peut parfois déplacer le problème plutôt que le résoudre.

L’anxiété chez l’adolescent peut se manifester de différentes façons : troubles du sommeil, irritabilité, isolement, difficultés scolaires ou encore plaintes physiques.

Anxiété adolescent : quels signes doivent alerter les parents ?

Adolescente isolée dans une bulle, illustration du repli et du mal-être par Berrine Janssoone.
Certains changements peuvent être passagers. Lorsqu'ils s'installent dans la durée, s'intensifient ou perturbent la vie scolaire, familiale ou sociale, ils méritent d'être pris au sérieux, par Berrine Janssoone, psychanalyste.

Un changement ponctuel de comportement n’est généralement pas préoccupant. En revanche, plusieurs signes persistants peuvent justifier de chercher à comprendre ce qui se passe :

  • isolement croissant ;

  • refus scolaire ou plaintes physiques répétées avant l’école ;

  • troubles importants du sommeil ;

  • irritabilité ou crises inhabituelles ;

  • baisse soudaine des résultats scolaires ;

  • disparition des activités auparavant appréciées ;

  • forte dévalorisation de soi ;

  • crises d’angoisse ;

  • changement important de l’alimentation ;

  • propos récurrents autour de la mort, du désespoir ou de l’inutilité.

Chez les enfants comme chez les adolescents, l’Assurance Maladie recommande précisément d’être attentif aux changements durables dans le comportement, les émotions, les relations sociales ou le fonctionnement quotidien.


Comment parler à un adolescent qui va mal ?

Une erreur fréquente consiste à vouloir immédiatement apporter une solution.

Face à un adolescent qui dit :

« Je ne veux plus aller au lycée »,

le parent peut spontanément répondre :

« Mais tu n’as aucune raison d’avoir peur. »

L’intention est rassurante. Pourtant, l’adolescent peut entendre que ce qu’il ressent n’est pas légitime.

Il est souvent plus utile de commencer par chercher à comprendre :

« Qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi en ce moment ? »

Puis laisser suffisamment de silence pour que la réponse puisse émerger.

Le rôle du parent n’est pas nécessairement de résoudre immédiatement le problème. Il consiste d’abord à offrir un espace dans lequel l’adolescent peut mettre des mots sur ce qu’il traverse.


Quand consulter ?

Consulter ne signifie pas forcément qu’un trouble psychologique grave est installé.

Quelques séances peuvent parfois permettre à un adolescent de comprendre ce qui l’envahit, de mettre des mots sur une situation familiale, scolaire ou relationnelle et de retrouver progressivement ses propres ressources.

L’espace thérapeutique présente une particularité importante : l’adolescent peut y parler sans avoir à protéger ses parents ni à répondre à leurs attentes.

Il peut explorer ce qu’il ressent, ses inquiétudes, ses conflits, son rapport aux autres et parfois ce qu’il n’arrive pas encore à formuler lui-même.

Chez certains jeunes, une approche psychothérapeutique suffit. Chez d’autres, l’accompagnement peut nécessiter une coordination avec le médecin traitant, un pédiatre, un psychiatre ou d’autres professionnels lorsque la situation le nécessite.


La rentrée peut aussi être une occasion de rééquilibrage

Plutôt que d’attendre qu’une difficulté devienne majeure, la rentrée peut être l’occasion d’observer quelques fondamentaux : sommeil, activité physique, alimentation, temps passé seul, relations sociales et temps sans écran.

Ces éléments paraissent simples, mais ils constituent une base importante de l’équilibre psychique. Les actions françaises de promotion de la santé mentale auprès des jeunes mettent notamment en avant le sommeil, l’activité physique, les relations sociales et les activités personnelles comme facteurs favorables au bien-être.

L’objectif n’est pas de construire une adolescence sans difficultés.

C’est impossible et probablement pas souhaitable.

Il s’agit plutôt de permettre au jeune de traverser ses difficultés sans être seul face à elles.


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